Désir d’amputation

Le désir d'amputation

Important!Cette rubrique répertorie un certain nombre d’information sur le désir d’Amputation et celui d’avoir des relations sexuelles avec une personne amputée ou appareillée. L’amputation volontaire ou le désir d’être amputé, est une pratique contemporaine, nommée apotemnophilie; elle diffère de l’acrotomophilie qui est un désir sexuel envers les amputés.

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Apotemnophilie et acrotomophilie

Ce désir est associé à une souffrance et un sentiment de nécessité d’être amputé (généralement d’une jambe) si impérieuse qui peut conduire à des automutilations.  Le terme apotemnophilie a été inventé en 1977 par Gregg Furth (psychanalyste jungien lui-même apotemnophile) et John William Money, pour désigner le désir d’être amputé d’une partie saine de son corps.

Pour la psychiatrie, l’apotemnophilie est actuellement classée comme trouble identitaire relatif à l’intégrité corporelle (TIRIC) mais la place de cette entité dans la nosographie (description et classification des troubles et des maladies) fait débat (l’apotemnophilie est- elle apparente à la psychose, la dysmorphophobie, les paraphilies ou perversions sexuelles, le transsexualisme MtF). « Ainsi, les évaluations psychiatriques faites ne mettent pas en évidence de troubles psychiques patents, névrotiques ou délirants.  »

L’acrotomophilie est « comme une paraphilie d’un type stigmato-éligible par laquelle l’excitation sexuo-érotique, la facilitation ou l’atteinte de l’orgasme sont déclenchées et conditionnées par le désir intense d’être soi-même amputé »

D’autres auteurs inventent le mot d’amelotasis pour désigner les comportements fétichistes autour des personnes amputés.

Un phénomène récent

Attirance pour des personnes unijambistes

En l’espace de quelques années, plusieurs descriptions ont été faites de patients qui ne se reconnaissent pas dans leur disposition anatomique et « témoignent de leur volonté de se priver d’une partie saine de leur corps: soit de s’amputer, soit d’obtenir une amputation chirurgicale après automutilation« . cairn.info

Rôle des médias

A la télévision comme sur Internet, les médias ont commencé à diffuser de ce phénomène.
Ces situations conduisent à « des interrogations nosologiques et pathogéniques, en même temps que le psychiatre est sollicité à titre d’expert et de référent éthique lorsque les chirurgiens sont prêts à accéder à la demande de ces patients sous la réserve qu’elle est appuyée par un avis psychiatrique. »

Émergence et amplification médiatique

Les témoignages présentent une particularité: ils se ressemblent. Il existe un facteur d’imitation flagrant. Aujourd’hui les manifestations promotionnelles de ces troubles sont nombreuses. On les trouve sur des forums vidéo aussi connus que You Tube ou Dailymotion avec les mots clés « amputée by choice » ou « BIID ». Toujours le même discours, les mêmes mots et les mêmes gestes.

Des chirurgiens qui pratiquent l’amputation

En 1997, Robert Smith est chirurgien et dépose une demande officielle pour être autorisé à amputer la jambe droite et saine de Gregg Furth, un jeune américain qui présentait une « douleur morale devenue insupportable » et qui suppliait qu’on lui amputât sa jambe, sans quoi « il aurait attenté à sa vie de façon imminente ».
Smith avait déjà pratiqué par deux fois des amputations volontaires (avec l’aval des autorités) sur des patients proches du suicide.

Smith se défend avançant les arguments

  1. qu’il constate l’échec à terme des prises en charge psychiatriques et psychologiques et
  2. que les patients, faute d’obtenir satisfaction de la main d’un chirurgien, précéderaient par eux-mêmes à leur amputation, ce qui mettrait leur vie en danger.

Profil psychologique des aspirants et description

Selon l’étude menée par Michael B. First sur 52 aspirants (candidats à l’amputation), la principale raison invoquée est de « retrouver sa réelle identité » et « corriger une anomalie anatomique ». C’est pourquoi, pour certains, il ne s’agit pas moins que de retrouver son identité réelle, tout comme la chirurgie esthétique ou l’aspiration à changer de sexe.

« Ces personnes souffrent de ne pas se sentir eux-mêmes et se décrivent soulagées par l’amputation lorsqu’elle a été pratiquée, soit chirurgicalement, soit accidentellement dans un acte auto mutilateur ».

Body Dismorphic Disorder (BDD) et TIRIC

Les deux ne sont pas semblables car alors que le BDD est le fait pour une personne de trouver une partie de son corps laid et donc de vouloir s’en séparer (ce qui n’est pas le ressenti de 21 des 52 personnes interrogées par Michael B. First), alors que le TIRIC ne désire pas se séparer d’une partie de son corps parce qu’il le trouve laid, mais plutôt parce que c’est sans cette partie, qu’il pense retrouver une image de lui-même parfaite.

D’où viennent les BIID? Hypothèses pathogéniques

Il y a 2 hypothèses : le premier organicisme et le second psychogénétique (mais non psychotique).

Le modèle organicisme

Il serait celui d’une agénésie du schéma corporel : la personne a une conception de son corps sans tel ou tel organe, comme s’il n’avait jamais existé. Elle se trouverait un peu en train de consulter la carte routière d’une ville à laquelle se seraient accolés des rues d’une autre ville. Au contraire du phénomène du membre fantôme où le sujet amputé continue à ressentir son membre disparu, à en avoir la perception spatiale, étant comme un voyageur qui lirait une partie du plan d’une ville n’existant en réalité pas.

Parallèlement, dans le BIID (hypothèse non confirmée pas les neurophysiologistes), le schéma corporel ne se serait pas constitué normalement lors du développement psychomoteur de l’enfant. Si bien que plus tard, se trouve anatomiquement pourvu d’une jambe par exemple, que son cerveau ne connaît pas.
Ainsi, son « schéma corporel » s’arrête à mi-cuisse ou à mi-bras, et la partie de son corps réel au-delà de cette limite, est perçue comme étrangère, non-à-soi.

Le modèle psycho dynamique

Il fait intervenir l’inconscient individuel et l’inconscient collectif. « On pourrait parler de conversion, de somatisation folle » dues à « l’emprise de l’imaginaire du patient ». Celles-ci seraient « amplifiées par l’attitude compassionnelle et ambivalente des médecins, attitude où se mêle la bienveillance du thérapeute et ses pulsions sadiques » d’une part, et à cause de la circulation de l’information, d’autre part.

La force émotionnelle des images d’amputation créerait une sorte de langage commun, liant les individus d’un groupe chez lesquels on retrouve les même symptômes. Cette hypothèse avance l’idée qu’il s’agit de « phénomènes pathologiques nouveaux, contemporains et induits », le « symptôme fou », témoignant d’une relation malade entre le « soi » et le corps, où l’individu peut (à notre époque) décider que son corps n’est pas le bon « et en demander une rectification chirurgicale ». Le demandeur en souffrance et son magicien (le chirurgien) alimentant leurs désirs réciproques. L’un n’existant pas sans l’autre.

Certains diront que « si cela les a soulagés, pourquoi pas », d’autres hésitent à réaliser ces transformations définitives du corps, se demandant également jusqu’où cela ira.

Une rubrique basée sur l’article « Elle me dit que son corps n’est pas le bon » publié le 7/11/2009 par Patrick et Isabelle Clervoy.

Des chiffres

« Le nombre d’amputations volontaires réalisées est inconnu mais au sein des pratiquants des modifications corporelles extrêmes, Il semble que l’amputation soit une pratique en augmentation. » (larousse.be)

Parmi eux, 95 % désirent une amputation d’un membre et 73 % préféreraient une amputation au-dessus du genou.

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Vos témoignages

=> Seule la chirurgie peut changer quelque chose. La psychothérapie ne marche pas, la psychiatrie ne marche pas, les médicaments ne marchent pas

=> L’histoire entre Anne, unijambiste, et Brian, attiré par les personnes amputée

=> Bonjour,

Je connais plusieurs personnes qui ont bénéficié d’une amputation volontaire d’un ou plusieurs membres, pourtant en parfait état. Parmi eux, le cas remarquable d’un Belge amputé – volontairement – des deux jambes au tiers fémoral inférieur, et au tiers inférieur de l’avant-bras droit ; il n’utilise pas de prothèses.
Je peux préciser que toutes ces personnes sont extrêmement satisfaites d’avoir pu obtenir l’amputation, ou les amputations désirées, souvent de fort longue date. Dans deux cas, la conjointe de ces personnes m’a déclaré que leur mari / compagnon avait radicalement changé, et devenu beaucoup plus sociable.
Enfin, je n’ai pas encore eu écho de personnes ayant regretté d’être passées « sur le bloc » pour se faire amputer.
L’aspect érotique – attraction sexuelle pour les moignons, et/ ou les prothèses, me semble jouer un rôle très important dans cette curieuse propension. Il y a – et de longue date – une certitude, avérée par une étude publiée par des universitaires américains (sauf erreur, Université de Berkeley) : pour celles ou ceux qui désirent l’amputation d’un ou plusieurs membres ou organes, seule l’amputation effective apporte une réponse durable, solide … Cordialement, T.

Merci à vous d’avoir pris le temps de témoigner. Lorsque vous dites « ne pas avoir eu écho de personnes qui regrettent », cela ne signifie pas que c’est le cas. Les personnes qui regrettent sont probablement dans une douleur et une grande confusion et leur préoccupation n’est peut-être pas de témoigner, et donc nous n’en savons rien.
J’entends bien que la thérapie n’a pas donné les effets souhaités dans les cas rapportés, mais elle l’a peut-être été pour d’autres cas non rapportés. Ce qui m’interpelle surtout, c’est qu’il s’agit ici d’un fantasme sexuel, et donc interchangeable, alors que l’amputation elle est irrémédiable. J’aurai souhaité pouvoir lire moi-même les résultats communiqués par cette université,  je ne les ai pas trouvé sur le net.

Par contre, j’y ai trouvé des informations qui alertent de façon radicale !

Some people have a profound dissatisfaction with what is considered an able-bodied state by most others. These individuals desire to be disabled, by conventional standards. In this Review, we integrate research findings about the desire for a major limb amputation or paralysis (xenomelia). Neuropsychological and neuroimaging explorations of xenomelia show functional and structural abnormalities in predominantly right hemisphere cortical circuits of higher-order bodily representation, including affective and sexual aspects of corporeal awareness. These neural underpinnings of xenomelia do not necessarily imply a neurological cause, and a full understanding of the condition requires consideration of the interface between neural and social contributions to the bodily self and the concept of disability. Irrespective of cause, disability desires are accompanied by a disabling bodily dysphoria, in many respects similar to gender dysphoria, and we suggest that they should be considered a mental disorder.

Enfin, l’amputation soulève la question éthique de savoir si l’on peut intervenir sur le corps sans cadre, et du coup, devrait-on interdire les désirs d’ajout d’organes, de grossesse pour les hommes, d’arrêt de la croissance pour les enfants qui rêvent de le rester, d’être greffé à une autre personne par désir de fusion… Où commence et où s’arrêtent l’interdit de modifications sur le corps humain. Le débat reste ouvert. Malka Berneron

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