Faire face au le désespoir

Etre désespéré

  Important! « Désespérer, c’est perdre un espoir ». C’est ne plus posséder un savoir, une aptitude, une relation ou un bien matériel que l’on a déjà eu et ne pas s’y résoudre. On peut aussi être désespéré de quelque chose que l’on ne connaît pas et que l’on a jamais obtenu, ou ne pas pourvoir se projeter dans l’avenir, soit qu’il nous semble fermé. Dans tous les cas, pour faire face au désespoir, il convient de le comprendre.

Prendre rendez-vous avec Myriam Blache

Essai de définition

Dans certains cas, le désespoir implique une rupture, une perte. Dans d’autres cas il signifie « je ne vois tout simplement pas de possibilité ». Le désespoir inclut toujours une impression d’impuissance. Il peut s’agir d’une impuissance réelle. Mais celle-ci peut-être aussi le résultat du découragement devant l’ampleur de la tâche à accomplir.

Le désespoir nous met en contact brutal avec nos limites, notre condition humaine, et ce « désespoir existentiel » qui nous accompagne en sourdine toute notre vie, « expression de solitude et de recherche stérile de ce que nous fabriquons sur terre, et pourquoi il nous arrive ce qu’il nous arrive ».

Les émotions du désespoir

« Le désespoir n’est pas une émotion; c’est une opinion chargée d’émotions ou un état émotif qui découle d’une perception. C’est l’état de la personne qui n’a plus d’espoir concernant une attente de la plus haute importance. Sa confiance d’obtenir ce à quoi elle tient est nulle ». Michelle Larivey

Si le désespoir n’est pas une émotion, il est accompagné d’émotions. La tristesse, habituellement, la révolte ou la rage s’expriment clairement ou de façon voilée et peut pendre la forme d’un abattement ou d’une résignation devant la fatalité.

Le désespoir inclut toujours une impression d’impuissance, réelle comme le deuil que nous n’avons pas le pouvoir d’empêcher. Mais il peut aussi être la conséquence d’un découragement immense devant l’ampleur de la tâche à accomplir, comme après un tsunami et que l’on contemple le désastre laissé par les éléments déchaînés. Le désespoir c’est la ruine mais qui ne s’est pas abattue sur du néant: il y avait de la vie avant le désespoir…

Désespoir & Absence d’espoir

Espoir et déception

L’espérance du bonheur nous sépare du bonheur ; il nous voue à la déception, à l’amertume, au ressentiment, pour ce qui concerne le passé, comme à l’angoisse, pour ce qui concerne l’avenir. Il s’agit donc de passer de l’autre côté du désespoir afin d’en sortir, ce qui suppose d’abord qu’on accepte de l’affronter, de l’habiter, de s’y perdre.

Le désespoir est la perte de l’espoir

Mais l’espoir est toujours la, simplement, il a été perdu. Il s’agit donc d’une perte,  une perte douloureuse.  Le désespoir accompagne  travail de deuil tel que le définit Freud, et parle d’un retrait de vie, mais non la perte de la vie. La vie était là (espoir) et elle s’est retiré (désespoir). En vérité, le désespoir parle de la vie qui se montre, puis se voile, puis nous semble disparaître. Comme une vague, comme les cycles de vie : le désespoir est un cheminement.

Le désespoir est un processus

Nous ne faisons pas l’économie du deuil puisque nous devons être acteur de ce processus : nous ne faisons pas non plus l’économie du désespoir. Deuil et désespoir sont 2 facettes d’un même processus qui n’est pas une dynamique de mort, mais une dynamique de vie. C’est une étape incontournable, que l’on peut comparer à un accouchement, à ce moment inouï où, si l’on ne lâche pas prise, l’expulsion et la naissance ne pourront avoir lieu.

Un arrêt obligatoire

Il est une tornade qui nous oblige à nous arrêter, si possible pour nous regarder naître et panser nos blessures. De même que le deuil nous place en une sorte d’hibernation, le désespoir malmène toutes nos émotions pour les diluer. Tentant même parfois de les supprimer, il nous fige et stoppe le mouvement. Et pourtant, c’est grâce à ce processus, que vont naître des parties de nous-mêmes qui ne peuvent surgir qu’après le passage, parfois le laminage, du désespoir.

L’aboutissement de l’espoir crée-t-il le désespoir ?

Quelle citation plus claire que celle-ci : « toute espérance est souvent déçue. Parce qu’elle n’est pas satisfaite, et chacun en connaît le goût: celui de la frustration ».

Il arrive en effet, et ce n’est pas le plus facile à vivre, qu’une espérance soit déçue parce qu’elle a été satisfaite, et que cela ne nous procure pas le bonheur que nous en attendions. (« Ainsi, nous ne vivons jamais, nous espérons de vivre« . Pascal)

Ce que révèle le désespoir

Le désespoir nous met en contact brutal avec nos limites

En particulier les limites du pouvoir qu’il nous est possible d’exercer. Les émotions qui accompagnent le désespoir nous ramènent à des expériences émotionnelles importantes pour nous.

Il peut s’agir de réactions non terminées à des situations passées, mais il peut aussi s’agir de réactions à des événements futurs qu’on appréhende. La tristesse, par exemple, peut rejoindre une perte antérieure ou une perte à venir. Il peut s’agir aussi de réactions aux limites que la situation nous force à affronter, une sorte de révolte.

« A ceux qui sont au creux de la vague est réservé ce privilège de découvrir ce que tous les navigateurs connaissent bien : la façon d’orienter sa voile, de telle sorte que les vents contraires deviennent des auxiliaires. Car ce qui semblait devoir détruire peut être force de renouveau, et l’obstacle peut devenir le chemin ». Etienne Mathiot

Une réaction à la perte de contrôle

Nous avons tous cette fâcheuse tendance à boucher les trous ; nous détestons le vide et aimons plus que tout quand l’espace est comblé, ce que nous confondons souvent avec « tout est à sa place« . Aussi cherchons-nous frénétiquement à combler tout ce qui n’est pas rempli de quelque chose, souvent n’importe quoi.

Des objets extérieurs, des croyances, des injonctions, le travail, le sport intensif, etc. vont en effet remplir notre planning mais ne vont pas nous construire ; ils vont nous remplir… De rien.

Mais le « rien » n’est pas le « vide » ; « rien » est insignifiant et misérable, le rien est aliénant, alors que le vide est thérapeutique. Et nous ne parlons pas de ce que l’on nomme les « petits riens » qui construisent les grands bonheurs.

Ainsi, faire face à ce vide, à cette béance en nous, provoqué par un drame ou une accumulation de drames, est un espace à conquérir avec douceur, et non dans la compulsion. Remplir est un mécanisme de défense guidé par la peur, celle de l’inconnu de ce qui va être et de ce qui va nous arriver.

« Au regard de la psychanalyse, tous les comportements qui visent à empêcher la personne de faire face à ce qu’elle est, sont tous équivalents. Ils sont des mécanismes de défense, ils nous dépossèdent de cette encombrante lucidité qui nous fait souffrir, parce qu’elle nous amène à nous vivre imparfait, non terminé, contradictoire » (aire-psy.fr). 

Prendre rendez-vous avec Myriam Blache

Rester aux commandes du navire

Le corps parle

Nous venons de le voir, le désespoir est une réponse émotive (tristesse, colère, sentiment d’impuissance). Il est aussi accompagné d’une réponse corporelle (nœuds à l’estomac, souffle court) et d’une réponse mentale (rumination sur ce que je vis et fulminations sur la noirceur du monde, ou encore vide monstrueux).

Un long processus

Le désespoir fait partie de la vie et accompagne souvent des étapes et des crises de vie douloureuses et majeures. Étant partie intrinsèque du processus de vie, il ne peut être éradiqué ; nous n’avons pas de pouvoir réel sur sa survenue, celle-ci étant d’ailleurs souvent brutale.

Comment affronter le désespoir

Par contre, nous avons un champs d’action sur le désespoir, et non des moindres : celui de la réaction et d’exercer notre volonté afin qu’il n’ait pas le pouvoir sur notre vie. Afin que, même au cœur de la tempête, nous restions aux commandes de notre navire : notre corps et notre humanité. Afin de laisser le petit faisceau de lumière en nous qui nous relie au genre humain. Nous avons le pouvoir que le désespoir ne nous transfigure pas, ne nous perde pas.

Des méthodes pour sortir du désespoir

Autant de méthodes que de désespérés : chacune est bonne, chacune est créative ; on pourrait avancer  que tous les moyens sont bons.

Le rappel des proches qu’ils sont là, bienveillant et respectueux de ce que nous sommes en train de vivre est primordiale. « Proche » mais non « sauveur », puisque le désespoir n’est pas un monstre à détruire mais un agent déterminé qui nous pousse à muer.

Ce qui va surtout opérer, est un état mental d’acceptation. Acceptation que « c’est ce qu’il y a » ;  comprendre que « c’est ce que je suis en train de vivre ». Attention, pas une acceptation de soumission, de défaite ou de capitulation, non ! Mais une acceptation de lâcher prise, d’accompagnement !

Le désespoir est là. Et c’est aussi là que je suis

Le désespoir est un espace au sein de la vague, la déferlante au milieu de laquelle je me trouve. La vague est là, immense, totale, terriblement recouvrante. Là tout de suite, je ne peux la changer.

Alors je l’accueille, je m’autorise à être avec« . Et parce que je l’accueille (c’est-à-dire que je reconnais qu’elle est là) et que je ne résiste pas (dans ma colère qu’elle soit là, dans mon désir de la supprimer, ou ma rage de ne pas l’avoir vue venir), alors son intensité diminue, et je reste le boss de ma vie… C’est seulement là qu’est mon pouvoir sur le désespoir… Et c’est déjà là que je m’engage dans la victoire sur lui.

« Une partie de moi » est dedans

Une partie oui, toujours, seulement…

Je ne suis pas désespérée : il serait plus juste de dire qu’il y a quelque chose en moi de désespéré… Si bien qu’il y a d’autres parties aussi. Ces parties-là doivent voir le jour, se faire voir. Ainsi, agir sur le désespoir va plutôt être un mouvement de révéler ces parties de moi, de les mettre en lumière, plutôt que de mettre le focus sur la partie désespérée.

Un peu, pas tout le temps : un challenge acceptable

Bien sur, on ne pourra se passer lors de l’étape d’accompagnement qui consiste à donner sa place au désespoir. Mais cette étape ne doit pas durer 24h/24h: je dois négocier avec cette partie-là pour qu’elle donne au moins un petit quart d’heure par jour aux autres parties (ce challenge devrait être acceptable par tout le monde quelle que soit la douleur).

Appelons cela être juste, ou « fair-play ».
Nous pouvons aussi appréhender cette étape comme un challenge : et si j’arrivais, un quart d’heure… « Même pas peur » 🙂 Toutes ces peurs que nous retrouvons dans le désespoir ressemblent aussi à la peur de commencer une thérapie et la peur de l’engagement.

Un peu de « philosophie »

Le désespoir a ceci de commun avec l’espérance qu’il est aussi une illusion”.  Cette citation de Michel Bouthot met en lumière une dimension des attentes que nous avons de la vie.

Si le désespoir est la perte de quelque chose que nous avons possédé, l’espérance serait le désir de ce que nous n’avons pas encore, ou que nous voudrions retrouver.

Donner libre cours à ces deux émotions dessert l’humilité et la modestie. Modestie de savoir (ou plutôt la connaissance profonde, ancrée) que nous ne possédons rien de façon définitive, et que ce que nous possédons ne sont que des outils. Juste des outils pour traverser notre vie, non un but en soi.

Cela vaut pour les biens matériels comme des biens immatériels, émotions, talents, vision, intelligence. Si nous étions moins à vouloir à tout prix « avoir », nous saurions sans doute mieux « être ».

Cette citation de Confucius est sans doute une des plus puissantes : le bonheur ne se trouve pas au sommet de la montagne, mais dans la façon de la gravir.

Le désespoir serait alors de se désespérer de ne pas atteindre le sommet, alors que la vie est dans l’ici et maintenant. Et que le chemin, celui qui est notre vie, est de faire de notre mieux dans les moments difficiles. Le désespoir serait une quête effrénée, insolente, une exigence de bonheur et de contrôle de ce qu’il se passe autour de nous, et en nous.

Face au désespoir, quels outils

1) La méditation et la respiration pour mieux voir

Pour développer cette partie en nous qui n’est pas sous l’emprise du désespoir, 3 min par jours peuvent grandement aider à reprogrammer notre rapport aux autres et à notre environnement.

  • « Nos émotions ne parlent pas, mais elles s’expriment. Par des sensations corporelles, des comportements, des pensées automatiques, radicales et simplifiées. Et de même, pour les calmer et les apaiser, les mots ne suffisent pas, en général. Il faudra passer par le corps ».
  • Pleine conscience et méditation de la montagne pour s’apaiser et pour se rappeler toutes nos forces intérieures.

3 min de méditation guidée de Christophe André pour se détacher de ses pensées et faire face à l’inquiétude

2) La thérapie : pour aller au fond des choses

Dans le cours de l’entretien, nous  mettrons des mots sur les maux jusqu’à apprendre à dépasser le marasme dans lequel nous nous trouvons. Le désespoir ne partira pas en une seule fois, mais il cessera de nous « tenir » de la même manière.

Nous nous acheminerons vers une acceptation que nous avons en nous tout et son contraire et que le bonheur n’ait pas erratiqué tous les obstacles, mais juste d’accepter qu’ils cohabitent en nous ; qu’il convient bien plus de leur donner une place mais de garder les rennes. De lâcher prise mais de rester attentif.

 Un article écrit par Malka Berneron &  Myriam Blache

Prendre rendez-vous avec Myriam Blache

Nous écrire

(*) obligatoire

Digiprove sealCopyright protected by Digiprove © 2018
Partager