Crise suicidaire et TS

La crise suicidaire: détection et prévention

 Important! Des études montrent que les signes précurseurs du passage à l’acte suicidaire ne sont pas repérés par les cliniciens dans un bon nombre de cas. Et pourtant, de nombreux drames pourraient être évités si les signes de la crise suicidaire étaient mieux connus.

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Description de la crise suicidaire

Définitions

  • La crise suicidaire est une crise psychique dont le risque majeur est le suicide. La tentative de suicide (TS) concerne l’acte de mettre consciemment sa vie en jeu mais que cela n’ait pas abouti pas à la mort. Certains professionnels font une différence entre suicides ratés (les sujets sont « suicidant » ; on parle aussi de morbidité suicidaire). En fin de compte, entre la pensée du suicide et le suicide aboutissant à la mort, il y a une infinité d’étapes et de niveau de mal être psychologique.
  • La crise suicidaire est ressentie par la personne comme solution unique pour sortir d’une situation de blocage et de douleur intense. La situation lui semble irréversible, sans solution. C’est un moment où les moyens de défense sont au plus bas et où la personne est particulièrement vulnérable.

Idées suicidaires : questions à se poser

  • On les nomme idées noires, idées sombres, elles sont envahissantes ou fluctuantes : en avez-vous?
  • Depuis combien de temps ? Ces idées sont-elles présentes tous les jours ? À quel moment de la journée en particulier
  • Intensité des pensées de suicide ? Sur une échelle de 1 à 10, en ce moment, quelle note choisissez-vous
  • Comment les gérez-vous ? Parvenez-vous à les diminuer
  • Etes-vous entouré ? En parlez-vous à des mais, à des proches, à un médecin ou psychiatre ?

Évaluation du risque

Pour le Dr Louis Jehel, l’ensemble des recommandations des évaluations cliniques de risque suicidaire n’est pas l’assurance d’empêcher la TS. Mais de faire au mieux et que ces évaluations ne peuvent pas s’appliquer à chaque cas. On le voit, les médecins sont très prudents.

Les signes avant-coureurs

Il y a plusieurs signes précurseurs qui témoignent d’un danger de passage à l’acte. Il n’est pas nécessaire qu’ils se manifestent tous en même temps pour prendre une alerte au sérieux. Selon le moment et selon que la crise dure depuis plus ou moins longtemps, les signes seront différents. Ils apparaîtront plus ou moins clairement. On peut suspecter la crise suicidaire lorsque plusieurs des signes ci-dessous s’expriment ensemble, qu’ils apparaissent de façon inhabituelle ou soudaine.

Quelle probabilité de passer à l’acte

Probabilité faible : la personne pense au suicide, mais n’a pas de scénario précis. Moyenne : quand elle a déjà pensé au moyen de metteure un terme à sa vie, mais ne parle pas de quand le faire et/ou n’y a pas réfléchi. Élevée si le plan d’action est précis et détaillé, et si la personne à déjà fixé une date proche (quelques jours). 

Qui en parle avant de se suicider

80 % en parlent dans les mois qui précèdent mais 20 % n’en parlent pas du tout. Le fait de parler d’un scénario suicidaire précis et/ ou de le décrire, est une indication réelle de volonté de suicide. C’est pourquoi la première étape doit être celle de la recherche d’un diagnostic psychiatrique. Pour certains (Rich et Runeson 1992), le meilleur prédicateur de suicide est la maladie psychiatrique comme les comportements bipolaires ou les troubles borderline. Les troubles de l’humeur, l’utilisation de substance, troubles psychotiques et personnalités pathologiques (en particulier de type limite), constituent 90% des pathologies psychiatriques des sujets ayant réalisé un suicide abouti. Parmi les autres personnes à haut risque, figurent les personnes souffrant de dépression (45 à 70 % des suicidés).

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Reconnaître les modifications du comportement

Évaluation du potentiel de crise suicidaire 

Ce ne sont pas un ou plusieurs des comportements dont il faut s’inquiéter, mais plutôt (comme dans de nombreuses apparitions de crises graves) leur association à un facteur de stress extrêmement puissant  comme la perte d’un proche, une séparation ou la perte d’emploi récente.

Conduites suicidaires et comportement 

  • anxiété, tristesse, pleurs, irritabilité, agressivité, violence
  • dévalorisation, indifférence aux manifestations affectives et au contact physique
  • discours répétitifs sur des sentiments d’échec
  • propos parlant de culpabilité ou d’injustice
  • impression d’être en décalage avec son environnement, repli sur soi
  • comportement sexuel inhabituel, etc.
  • Goûts et intérêts pour des personnes ou des choses inhabituelles
  • Attirance soudaine par la marginalité, les mouvements plus ou moins religieux, intérêt accru ou nouveau pour les armes.

Signes précurseurs

Ce qui devrait alerter et modification de l’état de santé

  • fatigue
  • troubles du sommeil
  • modification de l’appétit, comportements alimentaires extrêmes
  • hausse de la consommation d’alcool et de tabac
  • douleurs diverses
  • consultations répétées chez le médecin, arrêts de travail à répétition
  • agitation motrice, état de panique
  • troubles de la mémoire, etc.

Difficultés relationnelles

Modification de l’activité

  • surinvestissement dans le travail ou au contraire perte d’investissement
  • ne fait plus rien
  • ou est au contraire hyperactif, agité
  • sommeil trop long
  • résultats scolaires en baisse, etc.

Suicide dans la famille et enfants suicidaires

Il ne s’agit pas de transmission au sens génétique, mais sans doute plutôt d’une facilité à trouver une solution à ses souffrances par le suicide. Le lien mal-être insoutenable/ suicide se transmet plus facilement lorsqu’il est transgénérationnel ou que l’enfant a déjà vécu la crise suicidaire d’un parent. Le passage à l’acte du père ou de la mère augmente la probabilité pour les autres membres de la famille de parvenir aux mêmes conclusions de gestion de la souffrance (comme un parent alcoolique ou très dépressif ayant fait des TS). Il est aussi probable que la mort par suicide d’un parent atteigne si profondément l’enfant que le suicide lui apparaît comme la meilleure solution à la souffrance.

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Les risques aggravés

La crise psychologique peut précéder les TS et est à prendre en compte avec beaucoup de sérieux qu’il s’agisse de sentiment violent de désespoir ou de dépression et d’états dépressifs

Facteurs qui peuvent provoquer la crise suicidaire

Différents états peuvent la déclencher

  • dépression, troubles psychiatriques
  • alcoolisme, toxicomanie, maladie
  • relations conflictuelles à l’école, problèmes d’intégration sociale
  • placement dans un foyer d’accueil, en institution ou dans un centre de détention, changement d’environnement, immigration, deuil, rupture avec le groupe social ou communautaire.
  • Environnement familial violent, maltraitante, conflits divers
  • difficultés économiques persistantes, licenciement
  • traitements discriminatoires
  • difficulté avec la loi

On considère comme en urgence élevée

  • quand la personne a déjà planifié le passage à l’acte pour les jours qui viennent et rationalise de surcroît sa décision.
  • si elle dit avoir le sentiment d’avoir tout fait et tout essayé
  • lorsqu’elle a en sa possession un moyen de se suicider : médicaments, armes, etc. Alors que l’on a tendance à rechercher fébrilement les premiers symptômes de la crise suicidaire, il arrive que paradoxalement, lorsqu’une personne est dans ce type de crise, et que de façon très soudaine elle semble aller mieux. Le risque de passer à l’acte est alors majeur.

Comportement à adopter

Une présence bienveillante

la mettre en confiance, l’écouter et l’entourer, montrer que l’on est présent. Dans tous les cas, il convient de prendre cette personne au sérieux : les signes de la crise suicidaire sont autant d’appels au secours. Ne jouez pas au psy, ne tentez de la secouer.
C’est grâce à un tel accompagnement que la personne sortira de son isolement et pourra prendre la décision de consulter un médecin et d’accepter un soutien thérapeutique.

État d’esprit favorable de l’écoutant

L’état d’esprit suivant est particulièrement positif et relativement simple à adopter : pensez que vous ne savez pas ce que l’autre ressent, essayez d’écouter entièrement, sans arrière-pensée, sans forcer. Efforcez-vous de ne pas être obnubilé par la volonté de sauver l’autre, car alors vous ne pensez qu’à votre « rôle » et vous n’êtes plus en phase avec lui. Développez votre capacité à avoir confiance en autrui : un être humain est un monde en puissance, une source de vie réelle, c’est à cette partie là de lui-même qu’il faut parler.

Ne pas dire

  • ça va passer (vous prophétisez, vous êtes trop sûr de vous, vous minimisez le problème)
  • tu sais, moi aussi je disais la même chose, et tu vois je m’en suis sorti (oui, mais lui n’est pas dans cette optique, et il n’a pas la force de s’imaginer qu’un jour ça peut aller mieux).
  • viens, on sort, ça va te changer (vous mésestimez son mal être) et il se sentira rejeté.
  • tu devrais de mettre au sport (ce n’est pas le moment ni d’en faire, ni d’en parler).
  • reprends-toi, tu es fort ! (peut être aura-t-il envie de vous prouver très vite que non). La personne va se sentir incomprise. Son sentiment de solitude sera encore plus grand et sa volonté de ne plus se confier sera confirmée.

Ne pas questionner

N’essayez pas d’en savoir plus, de vous lancer dans de longues diatribes : la personne en crise est affaiblie, perturbée, elle n’a ni la force, ni l’envie de répondre à de multiples questions.
Vous devez juste être présent et pratiquer l’écoute active si vous en avez l’habitude.

Ne pas donner de conseil

  • je sais ce qu’il te faut
  • Message « tu » : tu devrais faire comme Mme Dupont », « il faut que « tu »…
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Rôle de la famille et de l’entourage

Le sujet suicidaire exprime souvent son intention à la famille, de façon plus ou moins claire. Il lui manifeste son état par des signaux et une demande d’aide qui devraient alerter sa famille. Souvent, c’est par la crise suicidaire que la personne s’adresse à sa famille.

Cependant, et bien que la famille prenne généralement conscience du danger qui guette la personne, les inquiétudes des proches se transforment trop peu souvent en actes.

Quelles sont les causes de cette difficulté à réagir 

Que faire – Précautions à prendre  – À qui s’adresser 

Les premières attitudes recommandées

  • prendre contact avec le médecin de famille, le psychiatre pour évaluation psychologique et avec le thérapeute de la personne.
  • modifier son environnement afin d’éviter tout passage à l’acte : objets et médicaments dangereux, etc.

Le personnel médical : s’il s’agit d’une crise suicidaire, s’adresser au médecin généraliste ou au psychiatre afin de rechercher des signes pouvant faire craindre un suicide. S’adresser au service des urgences, unité de crise ou à un service de psychiatrie, après une menace ou une TS qui décideront d’une hospitalisation éventuelle.

Enfants et ados

L’enfant exprime rarement des idées suicidaires. On remarquera qu’il est souvent seul ou est la tête de turc de sa classe. On sera vigilant face à des troubles de la communication chez l’enfant et de l’apprentissage, à une hyperactivité. Il convient de consulter lorsqu’un enfant n’arrive plus à retenir ses selles ou urine sur lui, s’il se blesse sans arrêt. On s’interrogera lorsqu’il parle ou s’intéresse beaucoup à la mort.
La crise suicidaire chez l’ado : l‘adolescence est une période de grande vulnérabilité. Isolement affectif, ruptures sentimentales, échecs scolaires, construction personnelle, conflits avec les parents ou/ et l’autorité, etc. .

 Le suicide de mon ami

Mon ami m’a téléphoné dans la journée qui a précédé sa mort; nous projetions de fêter notre anniversaire ensemble, nous avons bavardé comme d’habitude, je ne me suis pas inquiétée. Il s’est suicidé le soir même et il n’a laissé aucune lettre. Depuis sa mort, je vais très mal. Je ne parle que de lui… Je ne m’en sors pas. Aidez-moi ! Beaucoup de gens se reconnaîtrons dans cette description. Par Isabelle Bayer

Nous ressentons de l’effroi dès que nous pensons à l’éventualité du suicide d’un proche, nous savons combien il est terrible pour celui qui l’accomplit, et violent pour ceux qui restent. La douleur est écrasante, les proches se retrouvent face à un vide, souvent sans explications laissées par celui qui se donne la mort.

Je n’ai rien vu venir…

Les proches alors n’ont guère de ressources. Ils viennent combler le vide laissé par une forte culpabilité « je n’ai rien vu », « j’aurai dû le sentir », « peut être que si j’avais… Il serait encore là parmi nous ». Mais la réalité est bien différente, et comprendre ce qui a amené un proche au suicide est très difficile. Un suicide n’est jamais explicable seulement par le présent, c’est plutôt un passé très lourd qui une fois de plus, une fois de trop résonne au présent. La personne qui s’est suicidée n’est pas la personne connue, proche mais un inconnu dont nous ignorons l’histoire ! Lui même probablement n’en avait qu’une vision partielle, et son geste reste compliqué à expliquer.

Véronique Samson : ma révérence

 

La personne suicidé et son histoire

Les causes de son geste se trouvent dans des réponses à des questions relevant de son histoire : que s’était-il passé dans sa vie ?  Que révèle l’histoire de sa famille, de ses parents ? Comment avait-il été soutenu, aidé dans son désir de vie ? Quelle valeur s’accordait-il (en dehors de sa relation avec vous) ? Le dernier contact, le dernier coup de fil est précieux, cela a sûrement été un bon moment pour lui dans sa vie. Maintenant, pensez qu’il n’aurait sans doute pas voulu que sa mort entraîne celle de votre désir de vivre.

Une culpabilité parfois intense

Cessez de vous accuser car suicider votre propre existence ne lui rendra pas la sienne. Ne restez pas seul à ruminer, sortez, parlez à un professionnel, et surtout n’oubliez pas que la meilleure antidote à ce comportement d’autodestruction est de prendre soin de soi et de faire « le travail du deuil ». Un texte d’Isabelle Bayer,  Michèle Balmès et Malka Berneron

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