Troubles du comportement chez l’enfant

Important!On appelle troubles du comportement chez l’enfant les symptômes psychopathologiques qui mettent en cause la relation actuelle de l’enfant avec son entourage. Ces troubles manifestent une tentative de s’affirmer, mais est socialement inadéquate. Ces enfants témoignent d’une souffrance psychique qui ne peut se dénommer ni même parfois se penser.

Les troubles du comportement chez l’enfant impliquent des processus interactifs qui mettent en jeu l’enfant, l’environnement et les règles de fonctionnement dans la société. Ils entraînent des conséquences allant de la simple gêne au danger pour celui qui les présente, ou pour autrui. Ils doivent être décodés comme des manifestations des difficultés de l’enfant pour s’assurer de sa valeur et de l’estime de lui-même.

Exemples de troubles

L’agressivité, les mensonges, les vols et les fugues, les troubles Obsessionnels Compulsifs (T.O.C.), une instabilité psychomotrice et un état dépressif sont les principaux symptômes. Nous verrons plus loin les traitement et la prévention de ces troubles.

  • première enfance: pleurs, troubles du sommeil, troubles alimentaires. Puis ultérieurement, difficulté à se séparer, opposition, agressivité, colères, morsures.
  • enfance: mensonge, refus d’obéissance, vol, instabilité psychomotrice, sadisme à l’égard des animaux.
  • adolescence (que nous n’aborderons pas ici): opposition, revendication, colère, provocation, auto et hétéro-agressivité, agression sexuelle, fugue, errance, vol, repli sur soi, difficultés de socialisation, addictions, troubles alimentaires et boulimie, tentative de suicide, conduites à risque, etc.

A. Les principaux symptômes

1) Les comportements agressifs

Les comportements agressifs ne sont pas pathologiques en eux-mêmes ; ils sont nécessaires à l’évolution de l’enfant. C’est grâce à l’expression de son agressivité que l’enfant s’affirme face à autrui comme un sujet, lieu de désirs et de volonté, et qu’il conquiert les limites de son Moi et de sa propriété (ses jouets, sa chambres, etc.). C’est l’absence de sens de la propriété qui peut devenir pathologique (indistinction entre soi et les autres), comme l’est un sens de la propriété exagéré (trop grande jalousie fraternelle, vols, etc.)

L’exploration par le jeune enfant s’accompagne normalement d’une certaine agressivité qui cesse spontanément dans la majorité des cas.

2) La violence dans les troubles du comportement chez l’enfant

> Processus de construction de la personnalité de l’enfant

Les symptômes d’agression envers des personnes ou des animaux incluent les agressions physiques tels que « se bagarrer « , « faire preuve de cruauté physique » et « brutaliser, menacer ou intimider d’autres personnes ».

Les agressions physiques apparaissent à la petite enfance chez la plupart des individus. Leur pratique est en augmentation jusqu’aux environs de la quatrième année. Les troubles du comportement chez l’enfant, en réponse à une frustration, sont banaux entre 1 et 4 ans. Ils sont plus fréquents chez les enfants actifs et hypertoniques et chez les garçons. Malgré leur banalité, il faut signaler les problèmes d’adaptation qu’ils posent dans les collectivités d’enfants, crèches ou maternelle (en particulier quand l’enfant mord), alors qu’ils sont en général beaucoup mieux tolérés dans le milieu familial.

> Mimer le comportement de l’enfant

L’erreur la plus couramment commise face à ces comportements est d’y répondre sur un mode analogue : mordre l’enfant qui mord, frapper celui qui donne des coups. Cela peut entraîner un cercle vicieux d’agressivité réciproque et de désir de vengeance, ou angoisser l’enfant en alimentant ses fantasmes de châtiment et de culpabilité.

Par la suite, leur fréquence diminue chez la très grande majorité des enfants. En effet, au-delà de 4 ans, l’enfant a habituellement acquis de nouveaux moyens de s’affirmer et de réagir à la frustration, en particulier grâce à la maîtrise du langage.

> Persistance des violences 

  • elles sont le signe d’une immaturité du Moi – c’est le cas d’enfant ayant souffert d’une certaine carence affective précoce.
  • elles témoignent d’un déficit instrumental ou sensoriel qui empêche l’enfant d’accéder à de nouveaux modes d’expression- c’est le cas des enfants souffrant de retard de langage, de surdité, etc.

Certains enfants peuvent avoir de brusques passages à l’acte agressif, non motivés et parfois d’une extrême violence. Ce sont des crises clastiques (Action de briser tout ce qui se trouve à portée de main lors d’une grande colère comme chez les enfants à tendance psychotique). (Attention, certaines crises sont salutaires, voire nécessaires à la construction de soi. Parfois c’est même l’absence de crise qui est pathologique).

> Les colères

La colère chez l'enfant et la crise clastique

Les éclats de colère chez les enfants

La rage correspond à un type de réaction de l’enfant très jeune (jusqu’à un an) à une frustration : décharge de mouvements anarchiques, accompagnés de cris inarticulés et de phénomènes vasomoteurs (pâleurs, rougeur du visage, sécheresse de la bouche). Elle peut persister bien au-delà chez des enfants impulsifs qui réagissent ainsi à de trop grandes frustrations, avec une certaine obnubilation de la conscience et une amnésie partielle de la crise.

Les colères proprement dites sont une expression émotionnelle plus contrôlée et marquée surtout par une agressivité verbale, des injures, des critiques blessantes. La colère est une manifestation banale chez l’enfant de 2 à 4 ans, au moment où se développe en lui un besoin d’indépendance et d’affirmation de soi.
Nous constatons donc que l’agressivité et la colère doivent cesser à partir de 4 ans. Si l’un des deux symptômes (voire les deux) perdure au-delà de 4 ans, il me semble important de demander l’avis à un spécialiste (pédopsychiatre, psychologue, etc.)

> L’opposition

On distingue cliniquement deux types d’opposition :

L’opposition active
Les comportements d’opposition lors de l'enfance

Non, non et non!

Le plus souvent « normale », elle marque une période dans l’évolution psychologique de l’enfant : apparition du « non » (et ensuite souvent ne plus savoir dire non 😉 , dans le courant de la deuxième année, crise d’opposition de la troisième année. Toutefois, certains enfants vivent en permanence en opposition à leur entourage et tendent à recréer partout une relation d’opposition sur un mode sadomasochiste, et dans ce cas là aussi, un avis psy s’impose.

L’opposition passive

l’enfant se contente de ne pas faire ce qui lui est demandé ou de traîner pour tout. C’est un symptôme très souvent rapporté par les parents qui se plaignent de devoir répéter de nombreuses fois les mêmes choses, du fait que l’enfant met un temps interminable pour faire la moindre chose imposée – alors qu’il fait rapidement ce qui l’intéresse. Assez souvent, l’opposition passive cache des troubles dépressifs latents chez l’enfant. (je parlerai de dépression ultérieurement).

3) Les mensonges & troubles du comportement chez l’enfant

On ne parle pas de mensonge chez l’enfant avant 6 ou 7 ans, l’âge dit « de raison ». L’enfant jeune déforme souvent les faits ou en invente, mais on ne peut attribuer à cela la valeur d’un mensonge, car il n’a pas encore acquis une notion claire du vrai et du faux, de l’imaginaire et du réel. Le mensonge contribue à l’individuation en aidant l’enfant à découvrir que l’adulte ne peut pas lire dans ses pensées.

> Le mensonge utilitaire

Quand le mensonge devient pathologique

Pinocchio et le mensonge chez l’enfant

Il est naturel à l’enfant. Son premier mouvement est de faire correspondre la réalité à ses désirs et au besoin de la fausser, soit pour obtenir un avantage, soit pour éviter un désagrément. Ce n’est qu’à l’intériorisation progressive d’une loi sociale et d’une éthique personnelle qui lui fera respecter la vérité.
Un « certain respect » du mensonge de l’enfant jeune est capital : l’adulte doit savoir se laisser berner, abuser (« ha bon ? tu crois vraiment ? »). En effet, il importe de ne pas lui donner l’impression que l’adulte lit dans ses pensées, dévoile sa ruse ou sa manipulation (qui ne fera pas pour autant un adulte manipulateur) . Le risque d’une grande intrusion psychique (mes pensées sont les siennes) est ici très grand.

Le mensonge le plus fréquent chez l’enfant plus grand est celui de la dissimulation ou de la falsification de mauvais résultats scolaires. Elles peuvent conduire l’enfant à un enchaînement de mensonges et de falsifications de plus en plus angoissant.

> Le mensonge « névrotique »

Il a pour fonction de compenser, au niveau imaginaire, une infériorité ou une insuffisance que l’enfant ressent. Il s’inventera un père beaucoup plus riche et puissant que la réalité, se vantera d’exploits imaginaires, etc. Cette forme de travestissement de la réalité mérite le nom de fabulation, plutôt que de mensonge. Il ressemble au « roman familial », plus tardif, où l’enfant dissimule sa déception vis à vis de ses parents en en imaginant de « meilleurs » et « tout puissants ». Les constructions sont parfois riches (pour exemple : le personnage d’Harry Potter, enfant carencé et maltraité dans la réalité, qui se protège en devenant sorcier).

> La mythomanie

Les amis imaginaires chez les enfants

L’enfant et son ami imaginaire

Une autre forme de fabulation est l’invention d’un double, en général du même sexe, le plus souvent un frère ou une sœur, parfois un ami. L’invention d’un double est fréquente chez l’enfant de moins de 6 ans, sans trouble psychopathologique notable.

Par contre, chez l’enfant plus âgé, l’invention d’un double peut signifier un trouble profond de l’identité des personnes et de soi-même et peut prendre une allure inquiétante car elle fait craindre une organisation psychotique ou prépsychotique de la personnalité. Elle fait partie des troubles du comportement chez l’enfant.

4) Les Vols

De l'enfant chapardeur à l'enfant voleur

The secret world of Arrietty

On ne parle de vol chez l’enfant avant 6-7 ans. Ici ce n’est pas le sens de la réalité qui est en jeu, mais celui de la propriété.
Pendant longtemps, ce qui intéresse le plus l’enfant et justement ce qui appartient à l’autre, son intérêt pour les objets passe par l’intérêt de l’autre.

Les garçons en sont responsables dix fois plus souvent que les filles. La proportion des délits pour vol augmente avec l’âge.

> Les personnes concernées

La première personne victime du vol de l’enfant est un membre de la famille, le plus souvent la mère (on parle de vols domestiques). Dans certains cas, les trésors du porte-monnaie de la mère représentent les richesses qu’elle renferme dans son corps, son ventre, d’où viennent les enfants. Puis l’enfant vole à l’extérieur de sa famille, mais d’abord des personnes connues, ses camarades ou sa maîtresse d’école, puis des personnes inconnues.

L’objet volé est d’abord un objet alimentaire (bonbons…) puis l’enfant vole de l’argent ou divers objets chargés pour lui de signification symbolique.

> De quoi « parle » le vol

Lorque l'enfant dérobe des objets

Chaparcher ou voler peut alerter les adultes

C’est à propos du vol que l’on remarque l’influence des perturbations affectives de la petite enfance et en particulier des séparations. Le vol répond à un sentiment précoce de défaillance de l’environnement (un exemple en est une dépression de la mère, alors moins disponible pour son enfant).

L’enfant voleur cherche inconsciemment à combler un manque, à prendre quelque chose qui lui était dû et qui lui a été refusé. Les facteurs affectifs (carence ou séparation) sont presque toujours présents dans la genèse des comportements de vols répétitifs. Parfois, le vol de l’enfant s’inscrit dans un devenir caractéropathique, voire psychopathique. C’est le mode d’entrée le plus fréquent dans la délinquance. Il s’associe alors fréquemment à d’autres troubles du comportement telles les fugues.

5) Les Fugues

> La fugue avant 7 ans

La fugue est le fait pour l’enfant de partir sans autorisation et sans prévenir du lieu où il est sensé être, pour déambuler, le plus souvent sans but pendant plusieurs heures, parfois pendant des journées entières. Là encore, il faut attendre 6-7 ans pour parler de fugue. Les déambulations de l’enfant plus jeune qui s’éloigne de sa mère, sans que celle-ci s’en aperçoive, n’ont pas la valeur ni l’intentionnalité d’une fugue.

Il est très important d’avoir un emploi du temps détaillé du fugueur. Le plus souvent, le fugueur est seul, mais parfois s’organisent des fugues en bande, sous l’impulsion d’un leader. En général, le fugueur n’a pas de but précis, il ne sait où aller et déambule au hasard. Bientôt, il cherche un refuge, ne tarde pas à se faire remarquer par son comportement indécis. Il est très soulagé d’être découvert et ne tarde pas à avouer sa fugue. D’autres fois, l’enfant a un but qui est presque toujours le retour à un endroit investi par lui comme sécurisant, voire idyllique.

> L’école buissonnière

Les fugues de l’école méritent une mention spéciale. L’école buissonnière peut être le fait d’enfants à tendances psychopathiques, peu motivés pour l’école. Mais très souvent, c’est un mécanisme phobique qui sous-tend la fugue, laquelle masque en fait une phobie de l’école.

2 formes de phobies scolaires

  1. Celle des enfants au début de leur scolarité primaire, vers 6-7 ans, qui sont angoissés par toute séparation d’avec leur mère.
  2. Celle d’enfants plus âgés, vers 10 ans, qui sont spécifiquement angoissés par l’école. Ils partent le matin à l’heure habituelle, se dirigent vers l’école, mais arrivés à destination, ils sont envahis d’angoisse et ne peuvent y pénétrer.

La phobie scolaire renvoie aux difficultés de séparation chez un enfant intelligent, qui travaille ses cours à la maison, en présence de sa mère. Une phobie sociale (les camarades de classe par exemple) et une agoraphobie (le trajet jusqu’à l’école) peuvent y être associées.

6) Les troubles obsessionnels Compulsifs (TOC)

Trbouels compulsifs dans l'enfance

Les TOC chez les enfants

Le T.O.C. est caractérisé par la présence de deux types de symptômes spécifiques (associés ou non) : obsessions et /ou compulsions, à l’origine de sentiments marqués de détresse, de perte de temps considérable ou interférant de façon significative avec les activités habituelles du sujet.

> Différents types d’obsessions

Les obsessions sont des idées, des pensées, des impulsions ou des représentations persistantes qui sont vécues comme intrusives et inappropriées et qui entraînent une anxiété et une souffrance importante. Obsessions fréquentes :

  • crainte de blasphémer
  • peur d’insulter un enseignant
  • se sentir sale, être envahi de microbes
  • attraper une maladie. Blesser un autre enfant
  • stress d’oublier quelque chose ou de faire ses devoirs
  • peur de commettre une erreur, une faute
  • être obnubilé par un défaut physique
  • être préoccupé par la nourriture

Les compulsions sont des comportements répétitifs (exemple : se laver les mains, ranger dans un certain ordre, vérifier…) ou des actes mentaux (exemple : compter, repérer des mots de manière silencieuse…) dont le but est de prévenir l’anxiété ou la souffrance et non de procurer plaisir ou satisfaction. Elles font partie des troubles du comportement chez l’enfant.

> Compulsions fréquentes

  • gestes, mimiques particulières (pseudo-tics)
  • arithmomanie (compter sans arrêt)
  • lavage des mains, du corps plusieurs fois par jour
  • superstitions bizarres (éviter de marcher sur les traits d’un carrelage…)
  • ne pas toucher certains objets (les poignées de porte, les affaires des autres élèves…)
  • faire des longues listes de vérifications

Selon la théorie psychanalytique, ces modalités de penser et/ou de comportement correspondent à un mode d’aménagement psychique, régressif, lié à la confrontation à la problématique œdipienne. Toute la question étant alors pour le sujet d’aménager des stratégies, conscientes et inconscientes, de mise à distance de l’objet du désir.

> Les premiers symptômes d’obsessions et de compulsions

Ils apparaissent généralement autour de l’âge de 10 ans, avec une prédominance masculine dans les formes pré pubères. Le trouble obsessionnel compulsif chez l’enfant et l’adolescent est proche, dans les grandes lignes de la sémiologie de celui de l’adulte.

> A noter l’importance des crises de colères impulsives et anxieuses

Lorsque ces enfants sont peu à peu submergés par les obsessions et prisonniers des actes compulsifs éreintants, l’angoisse et la détresse sous-jacentes ne sont contenues que de manière provisoire et modérée. D’où la fréquence élevée d’explosions émotionnelles, de crises aiguës de colères avec insultes, de bris d’objets et parfois de coups et blessures dirigés vers les proches avec forte culpabilité à posteriori.

Ces phénomènes de colères se manifestent classiquement lorsque les rituels sont perturbés, voire empêchés, volontairement ou involontairement, par l’entourage.

La plupart des enfants souffrant de T.O.C. (75 %) présentent également un autre trouble psychiatrique. Il s’agit principalement de l’association à d’autres troubles anxieux : attaques de panique, angoisse de séparation, troubles anxieux généralisés ou phobiques.

La prise en charge thérapeutique comporte deux volets : la psychothérapie et la psychopharmacologie.

B. Instabilité Psychomotrice

L’instabilité psychomotrice ou trouble déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH) regroupe : les enfants hyperactifs, sans cesse en mouvement, qui ont beaucoup de difficultés pour tenir en place plus de quelques instants, et les enfants qui n’arrivent pas à se concentrer.

1) Nouveaux nés et enfants

Cette définition pourrait correspondre à tous les enfants, tant il est vrai que cette instabilité psychomotrice est habituelle chez l’enfant de 1 à 4 ans.

2) Parfois, les symptômes se reconnaissent dès la naissance

Les nouveau-nés pleurent sans cesse, crient, s’agitent. Ils souffrent de coliques idiopathiques violentes et durables. Durant toute leur première année, ce sont des enfants qui dorment mal et qui pleurent très souvent. Ils sursautent facilement.

A partir de 1 an, ce sont des enfants qui bougent sans cesse, ramassent les objets, les jettent, grimpent partout, donnent des coups de pieds, tombent sans arrêt, s’intoxiquent plusieurs fois de suite, ouvrent les portes puis les font claquer, touchent à tout, font du bruit.

> Incapacité à gérer la frustration

Irritables, ils refusent qu’une chose ou une personne leur résiste. Ce sont des enfants exigeants, véhéments et maladroits qui n’acceptent aucune frustration sans faire de véritables crises de nerfs : ils trépignent et hurlent. Ils ne supportent pas de rester assis à faire un puzzle, à crayonner ou à regarder des images. Leur capacité d’attention est très limitée. Les problèmes de sommeil sont constants.

> Agitation motrice

C’est à l’âge scolaire que se révèle, par comparaison, avec les autres enfants du même âge, l’instabilité psychomotrice. Le comportement hyperactif est un degré inhabituel d’agitation motrice sans objet et non dirigée vers un but spécifique et intentionnel. Cette activité excessive interrompt l’attention et la concentration de l’enfant et gêne son aptitude à effectuer des travaux structurés. L’enfant a du mal à rester assis sur son banc. Son attention est détournée par le moindre petit bruit. Il ne peut se concentrer sur son activité scolaire.

> Impossibilité à fixer son attention

Elle est toutefois sélective : il réussit sans peine à le faire sur un jeu vidéo ou une émission TV. Ce manque de concentration se voit aussi dans son langage : l’enfant commence une phrase sans pouvoir la terminer car il a oublié de quoi il parlait.

Ce sont des enfants impulsifs qui ne prennent pas le temps de réfléchir avant d’effectuer un acte. Ils ont une mauvaise coordination des mouvements. Ils n’arrivent pas à faire deux actions à la fois, de reconnaître leur droite de la gauche (troubles de la latéralité), de lacer leurs chaussures, de s’habiller (difficultés practognosiques).

> Difficultés de concentration

Elles entraînent des difficultés pour l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, de l’arithmétique, de la compréhension en général.

Ces enfants sont mal acceptés par leurs parents, leurs éducateurs et leurs camarades qui ont tendance à les laisser de côté. Ils ont « mauvais caractère », se mettent en colère pour un rien.

Ils souffrent de leurs échecs et cette souffrance augmente encore leur trouble du comportement. Ils peuvent même effectuer des actes répréhensibles qui sont comme un appel au secours.

> A partir de quand faut-il s’en inquiéter ?

C’est là tout le problème…! Tout dépend de la tolérance des parents, du médecin, de l’instituteur… Comment séparer le normal du pathologique ?

La manifestation, dans le comportement, qui différencie l’enfant hyperactif de l’enfant normal est l’impossibilité à soutenir l’attention sur des tâches et des buts déterminés. Elle s’accompagne de lassitude, de manque de concentration, d’étourderie, de maladresse, de troubles de l’apprentissage de la lecture.

C. L’enfant déprimé – Dépression chez l’enfant

<p »>Longtemps la dépression est restée mal identifiée chez les enfants et les adolescents. On a maintenant la certitude que le « noyau dur » des symptômes dépressifs est bien le même qu’il s’agisse d’un enfant ou d’un adulte : tristesse, désintérêt, inhibition intellectuelle, pensées négatives, troubles du sommeil.

C’est dans ses difficultés avec l’école que les changements de comportement de l’enfant doivent attirer l’attention de sa famille et des enseignants. Un enfant qui a du mal à se concentrer va souvent réagir en évitant ou en refusant de travailler, à moins qu’il ne s’y obstine de longues heure sans résultat. Dans les deux cas, on aboutit à un échec scolaire.

Mais l’enfant peut aussi manifester sa dépression d’une façon qui va sembler paradoxale : il devient irritable, excité, s’épuise dans une activité stérile, se met en colère. A d’autres moments, il se replie sur lui.

Bien souvent son appétit va changer. Chez l’enfant petit c’est le manque d’appétit qui prédomine ; chez l’adolescent, il va plus souvent s’agir de fringales, voire de boulimie vraie.

Quant au sommeil, il est toujours perturbé ; l’enfant refuse le coucher, a des difficultés pour s’endormir, dort mal, se fatigue. D’un comportement d’opposition à une auto dévalorisation, renforcée par la réaction familiale, se créé un cercle vicieux où la dépression s’aggrave, sans être reconnue ni même suspectée.

 

Changement de comportement soudain

qui ne s’explique pas légitimement par un événement familial, social ou personnel, si ce changement dure et s’il y a une souffrance, il faut consulter. Le rôle du médecin traitant ou du pédiatre est important aussi bien sur le plan du diagnostic que thérapeutique. Faire le diagnostic, l’expliquer à la famille et obtenir son aide peut suffire à surmonter l’épisode dépressif. Mais si le trouble persiste et résiste à cette première approche, il est souhaitable qu’une prise en charge thérapeutique soit mise en place.

 

Prise en charge thérapeutique et thérapies

Plusieurs formes de psychothérapies peuvent être utilisées ; le choix de l’une ou l’autre se fait avec la famille et l’enfant lui-même. Chez l’enfant, il est rare que les médicaments antidépresseurs soient indiqués. Il faut une oreille attentive pour entendre dans les expressions et les non-dits de l’enfant une tristesse pathologique et les symptômes de la dépression.

  • « J’ai envie de rien »: Perte d’intérêt et du plaisir
  • « Je suis nul »: perte de l’estime de soi, dévalorisation
  • « J’y arrive pas »: sentiment d’impuissance
  • « C’est de ma faute », « Je suis méchant », « J’ai honte »: sentiment de culpabilité, de honte
  • « Mes parents ne m’aiment pas »: perte d’amour, sentiment de désespoir
  • « Personne ne m’aime »: Parfois idées de mort et de suicide
  • « Je n’y arrive pas, c’est trop dur », « Je comprends rien », « Je sais pas, j’m’en rappelle pas »: troubles de l’attention, de la concentration et de la mémorisation.
 

D. Le traitement – La prévention

Le but du traitement

Le traitement a pour objectif de faire disparaître les troubles et de permettre aux émotions et à la souffrance psychique de se manifester sous des formes socialisées.

La mise en place d’un soutien psychothérapique trouve en priorité son efficacité dans l’établissement d’un lieu de confiance avec l’enfant et dans un travail qui vise à restaurer l’estime de soi dans le rapport à l’estime de l’autre. Ce travail aura d’autant plus de chances d’être efficace qu’il s’accompagnera dans la vie quotidienne d’une possibilité de valorisation des compétences (qui implique une fermeté et une critique constructive et non une approbation sans nuances).

 

L’aspect cognitivo-comportement

Il peut être intéressant dans la mesure où l’enfant souhaite profondément être libéré de ses troubles et adhère pleinement au traitement. Les professionnels en relation avec ces enfants doivent non seulement posséder une formation adéquate mais être soutenus de façon régulière pour gérer provocation et séduction.

Ce n’est pas parce que les troubles du comportement sont compréhensibles qu’ils sont acceptables. Mais c’est parce que ces troubles ne sont pas acceptables que ceux qui en sont porteurs doivent être traités sans répéter les processus qui sont à leur origine.

Etant donné que les troubles du comportement commencent durant la petite enfance et se maintiennent jusqu’à l’âge adulte dans les cas les plus graves, il n’est pas surprenant de constater que les facteurs de ces troubles durant l’enfance, puis à l’adolescence sont semblables. D’où l’intérêt d’une prise en charge thérapeutique le plus rapide possible pour une prise en compte et un mieux être de l’enfant et du futur adolescent. Le traitement a pour seul objectif de faire disparaître les troubles et de permettre aux émotions et à la souffrance psychique de se manifester sous des formes socialisées.

La prévention

Elle repose essentiellement sur la qualité des interactions précoces et sur l’adéquation des attitudes éducatives tenant compte de l’âge de l’enfant et de ses compétences.

> Parler et jouer avec les enfants

Parler à l’enfant et avec lui, l’aider à enrichir son vocabulaire et à acquérir de bonnes capacités d’expression verbale joue un rôle majeur dans la maîtrise de l’agressivité.

Il est important aussi d’aider les parents à échanger avec l’enfant, à jouer et à faire avec lui et aussi à partager ce qui concerne son histoire (adoption, généalogie, décès de proches…) sans pour autant le mettre dans une situation de confident ou de copain. Le parent « copain » gêne la différenciation des territoires et risque d’invalider la différence des générations. Ceci est source d’insécurité et de difficulté d’individuation.

Les exigences doivent être adaptées aux capacités de l’enfant et aussi à son rythme pour éviter une dévalorisation et l’attaque à son estime de lui-même. Un enfant dont les tentatives précoces d’exploration ont bien été soutenues et accompagnées est bien préparé à accepter ces exigences.

> Les limites et les interdits

Ils sont indispensables au développement du sentiment de sécurité mais leur fonction structurante dépend du contexte. Les limites ne doivent pas empêcher les explorations et les expériences compatibles avec la sécurité physique et psychologique de l’enfant. Ceci implique que la contenance institutionnelle s’exercent en dehors de la violence tant physique que psychologique dont la tentation est grande même si les formes en sont d’autant plus insidieuses qu’elles ne sont généralement ni volontaires ni conscientes.

Pour conclure, je souhaiterais citer Jacques Salomé qui explique qu’il faut savoir entendre les besoins de l’enfant et non combler tous ses désirs. Pour lui, il existe 7 besoins fondamentaux pour le meilleur développement de l’enfant :

  1. besoin de se dire (idées – sentiments – croyances – émotions – ressentis…)
  2. d’être entendu
  3. besoin d’être reconnu
  4. d’être valorisé
  5. besoin d’intimité
  6. de créer, d’influencer
  7. besoin de rêver

E. Poèmes

Quand je te demande…

  • Quand je te demande de m’écouter
    et que tu commences à me donner des conseils,
    tu n’as pas fait ce que je te demandais.
  • Quand je te demande de m’écouter 
    et que tu commences à me dire pourquoi je ne devrais pas ressentir cela, 
    tu bafoues mes sentiments.
  • Quand je te demande de m’écouter 
    et que tu sens que tu dois faire quelque chose pour résoudre mes problèmes, 
    tu m’as fait défaut, aussi étrange que cela puisse paraître.
  • Ecoute, c’est tout ce que je te demande, c’est que tu m’écoutes.
    Non que tu parles ou que tu fasses quelque chose, 
    je te demande uniquement de m’écouter.
  • Les conseils sont bons marché, pour quelques francs, 
    j’aurai dans le même journal, le courrier du cœur et l’horoscope.
    Je peux agir par moi-même, je ne suis pas impuissant, 
    peut-être un peu découragé ou hésitant, mais non impotent.
  • Quand tu fais quelque chose pour moi, 
    que je peux et ai besoin de faire par moi-même,
    tu contribues à ma peur, tu accentues mon inadéquation.
  • Mais quand tu acceptes comme un simple fait que je ressens ce que je ressens
    (peu importe la rationalité), je peux arrêter de te convaincre,
    et je peux essayer de commencer à comprendre
    ce qu’il y a derrières ces sentiments irrationnels.
  • Lorsque c’est clair, les réponses deviennent intelligibles
    quand nous comprenons ce qu’il y a derrière.
    Alors s’il te plaît, écoute et entends-moi. 
    Et si tu veux parler, attends juste un instant et je t’écouterai.

Voici à présent la prière secrète d’un enfant que le psychosociologue Jacques Salomé a écrite et qui, pour moi, reste la base fondamentale de toute prévention.

 

Prière secrète

  • Maman, Papa, je vous en supplie, ne me laissez pas croire que mes désirs sont tout puissants.
  • Maman, Papa, je vous en prie, prenez le risque de me frustrer et de me faire de la peine en refusant certaines de mes demandes.
  •  Maman, Papa, c’est important, pour moi, que vous sachiez me dire non, que vous ne me laissiez pas croire que vous pouvez être tout pour moi, que je peux être tout pour vous.
  • Maman, Papa, surtout entendez mes désirs mais n’y répondez pas tout de suite. En les satisfaisant trop vite… vous risquez de les assassiner. Confirmez-moi que j’en ai, qu’ils sont r
  • ecevables ou irrecevables mais ne les prenez pas en charge à ma place.
  • Maman, Papa, s’il vous plaît ne revenez pas trop souvent sur un refus, ne vous déjugez pas. Pour que je puisse ainsi découvrir mes limites et avoir des repères clairs.
  • Maman, Papa, même si je réagis, si je pleure, si je te dis à toi Maman « méchante et sans cœur… » reste ferme et stable ; cela me rassure et me construit. Si je t’accuse toi, Papa, « de ne rien comprendre » ne m’enferme pas dans mes réactions.
  • Maman, Papa, par pitié même si je tente de vous séduire, résistez, même si je vous inquiète, ne vous soumettez pas, même si je vous agresse parfois, ne me rejetez pas. C’est comme cela que je pourrai grandir.
  • Maman, Papa, vous dire aussi à chacun que je ne suis que votre fils, votre fille.

Jacques Salomé

Vos témoignages et vos questions