L’abandonnisme est un état psychologique de sentiment d’insécurité permanente lié à une peur irrationnelle d’être abandonné. La personne qui souffre d’un état d’abandonnisme est en demande d’affection pour combler un manque originel (séparation traumatisante du passé).

Une rubrique écrite par Michèle Balmès & Malka Berneron 

Syndrome d’abandon et abandonnisme

I. Avoir peur d’être abandonné ou quitté

Certaines situations malheureuses vont vous rappeler des souvenirs. Une crise liée à la solitude, le vide affectif, des conduites d’anxiété, un sentiment d’abandon. Ou encore en attente de reconnaissance, des relations humaines délicates, un manque de confiance en soi, un comportement agressif, une inquiétude permanente ? Cette solitude, lorsqu’elle est mal vécue ou accompagnée d’une sensation de trahison, peut être insupportable et subie comme une injustice.

Guérir du syndrome d’abandon

Reconnaître le mal: la personne dépendante affective est en quête d’amour et de reconnaissance, parce qu’elle ne parvient pas à s’aimer suffisamment par elle-même. Elle a des difficultés à s’estimer à sa juste valeur, elle va alors se centrer sur les autres, et se sent souvent incapable de dire Non, de poser de limites, parce qu’elle a une opinion négative d’elle-même.

La dépendance affective

Elle s’observe souvent à travers la qualité de la relation amoureuse. Si les besoins affectifs ne sont pas satisfaits, la personne éprouve de la frustration, une souffrance, sans pour autant se détacher de son partenaire. Elle a un besoin constant de se faire aimer. Parce qu’elle a peur que les gens la rejette, ses amis sont pour elle une bouée de sauvetage, elle s’accroche à eux comme si sa vie en dépendait.

Le sentiment d’abandon se traduit par toutes sortes de manifestations: repli sur soi, dépression, conduites d’anxiété, agressivité, automutilation. Des sentiments d’injustice, d’impuissance et d’insécurité, car le souvenir d’un abandon qui a été mal vécu, non surmonté ou trop vite refoulé dans la petite enfance, a des répercussions dans l’âge adulte. Il peut amener à une dépendance extrême et infantilisante.

Vidéos sur l’angoisse d’abandon

Michel Leeb : ma hantise de la séparation. L’univers de la solitude de l’enfant séparé:  sa résilience, ses jeux pour tromper l’ennui

II. Impact de la peur d’abandon sur la relation

Ce qui déclenche le sentiment d’abandon

Le syndrome d’abandon ne nous envahit pas en permanence, il est plutôt stimulé par certaines  situations, comme les moments de solitude, de séparation ou de fin de relation. Il peut survenir en écoutant parler, en lisant un livre, en regardant un film. Pour les psychologues, l’abandon peut être réel ou non: on peut avoir réellement vécu un abandon ou bien il nous semble que nous avons été abandonné.

Peu importe, ce qui va nous aider à nous défaire de ce sentiment, c’est l’observation des circonstances qui le provoquent, les personnes avec qui cela se produit. Il s’agit plus de comprendre « dans quelle situation » nous nous sentons abandonné que « à cause de qui » ou « pourquoi ».

Cela commence souvent durant l’enfance

Ainsi, un bébé de un an peut avoir vécu son entrée en crèche comme un abandon à part entière: c’est vrai qu’il retrouvait ses parents le soir, mais la souffrance de la séparation a été telle, que le sentiment d’abandon a surpassé celui de bonheur de les retrouver.

Une réaction inadéquate à l’age adulte

Le sentiment d’abandon joue un rôle important et efficace: il crée des réflexes destinés à le protéger, à diminuer la souffrance psychologique et l’angoisse. Le problème se pose lorsque la peur de l’abandon continue à conditionner nos actes, alors même que le danger n’existe plus. Par exemple quand les faits ont été extrêmement graves et qu’ils ont mis en scène des personnes cruciales pour notre développement. C’est ainsi que des enfants cachés pendant la guerre, ont pu devenir des conjoints et des parents distants avec leurs enfants et qui ont du mal à montrer leurs sentiments ou a toucher leurs enfants.

Le sentiment d’abandon est aussi intimement lié au besoin d’être aimé et considéré, c’est-à-dire, de recevoir une confirmation de notre valeur en tant que personne. Enfant, nous attendions cette confirmation des êtres qui comptent le plus pour nous: nos parents.  Si cela n’a pas eu lieu, nous risquons, une fois adulte, de transférer cette attente sur d’autres personnes auxquelles nous donnerons une valeur parentale symbolique (notre amie, notre patron, notre conjoint).

Le doute et le manque de confiance en l’autre

Adulte, la peur d’être abandonné par notre conjoint, ou bien encore la jalousie excessive révèlent avec force notre dépendance.
Un simple regard peut nous remettre en question et nous faire douter de notre propre valeur. Notre degré de sensibilité au rejet indique souvent notre capacité à nous assumer. Il révèle aussi combien nous rendons les autres responsables de notre bonheur. Si nous nous sentons rejeté quand notre environnement dédaigne ou refuse de prendre en charge nos besoins, c’est sans doute le signe que ce que nous attendons de lui n’est pas réaliste.

En résumé, si je crains souvent d’être rejeté ou si je me retiens d’agir par crainte du rejet, c’est le signe que j’ai encore du travail à faire pour prendre mon indépendance et grandir. Enfin, s’il m’arrive souvent d’être réellement rejeté, il y a lieu de me poser des questions sur ma façon de créer des relations.

Ressources

Bibliographie

  • Parents toxiques, comment échapper à leur emprise. De Suzan Forward (edit. Marabout)
  • Guérir de son enfance. De Jacques Lecomte (edit. Odile Jacob)
  • Le goût d’être heureux. De Michèle Morgan (Le dauphin blanc)
  • Pourquoi pas le bonheur? l’art de vivre heureux par la pensée positive. Michèle Morgan
  • Les enfants aux cent familles – Enfants placés, déplacés, migrants, adoptés. Boris Cyrulnik & Patrick Conrath
  • Les abandonnés: placés, déplacés, adoptés ou encore migrants, ces enfants vivent les conséquences de séparation, de déqualification parentale ou de situation sociale précaire. Ils ont en commun la rupture des liens, la quête d’un amour parental impossible rejouant le scénario d’abandon suivant de multiples modalités. Ils sont confrontés à des difficultés d’intégration, d’appartenance, à une identité difficile à conquérir.

    Cet ouvrage permet de mieux comprendre comment les accueillir, comment sauvegarder les liens d’attachement et éviter les retraits parfois brutaux de famille considérées comme défaillantes. Et surtout comment les accompagner et les aider à se repérer afin de donner un sens à leur vie et de « faire famille » pour eux mêmes et ceux qui les entourent au sens plein du terme.

Des sites web pour aller plus loin

L’abandon: source d’évolution, pourquoi pas d’épanouissement?

« (…) si l’on ne peut parler «d’abandon réussi», peut-on concevoir qu’un acte dénoncé ou ressenti comme cruel puisse s’ouvrir, par la suite, sur une histoire heureuse, sans condamner au malheur celui qui en est la victime ni vouer aux gémonies celui qui en serait l’auteur ? Scellant une séparation réelle ou symbolique, l’abandon peut-il s’avérer source d’évolution, pourquoi pas d’épanouissement ? »

Des réflexes inadéquats à nos peurs d’être à nouveau abandonné

Le sentiment d’abandon ressenti par quelqu’un a un rôle efficace: il crée des réflexes destinés à le protéger, à diminuer la souffrance psychologique et l’angoisse. Le problème se pose lorsque la peur de l’abandon continue à conditionner nos actes, alors même que le danger n’existe plus.

Comment la thérapie »agit » sur le sentiment d’abandon

Forum de discussion sur la peur de l’abandon. « Savoir à quoi elle tient, ou à quand elle remonte, peut-il servir à nous en débarrasser? Est ce que cela sert à quelque chose de faire un thérapie »?

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