Poèmes d’internautes et d’ailleurs

Parle moi, enfant au fond de moi

Un poème de Danielle

Parle moi, enfant au fond de moi
Parle moi car mon fondement c’est toi
C’est toi qui nourris cette adulte que je suis.
Pourrais-je t’en faire partager les joies de cet état?
Comment t’atteindre, te toucher toi, si éplorée
Comment traverser ce torrent de larmes
Je te prête mes mots, je te prête ma voix
Dis moi, dis au monde entier ce que tu es, ce qu’il ne faut pas
Car oui, n’est ce pas, il ne faut pas briser l’élan de tes joies.

Je n’ai pas grandi
Les adultes autour de moi ne le voulaient pas
Grandir est prendre appui
J’avais le vide au bout de moi
Nul espoir, nulle joie
J’ai réinventé le monde
Ce monde où tu es toi
Ce monde là dont je ne profiterai pas
Je suis la gardienne de tes secrets
La gardienne de tes effrois
De tes violences, de tes souffrances
Je suis un morceau desséché, aride, triste, de toi
Je suis jalouse
Tous ces efforts là c’est toi qui en as le fruit
Chaque jour je m’efforce de te l’ôter
Toi la grande tu voudrais me tuer
Je sais, je sais,
Je sais comment résister aux meurtriers
Tu ne m’auras pas!

Vos enfants ne sont pas vos enfants

 De Kahlil Gibran

Nos enfants ne sont pas nos enfantsVos enfants ne sont pas vos enfants.
Ce sont les fils et les filles de l’appel à la vie à elle-même. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils vivent avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais point vos pensées, Car ils ont leurs propres pensées.Vous pouvez accueillir leur corps mais pas leur âme.

Car leurs âmes habitent la maison de demain,
Que vous ne pouvez visiter, pas même en rêve.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
Mais ne tentez pas de les faire comme vous,

Car la vie ne revient pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.
Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés

Écoute-moi

Poème de Jacques Salomé

Écoute-moi, s’il te plaît, j’ai besoin de parler
Accorde-moi seulement quelques instants
Accepte ce que je vis, ce que je sens,
Sans réticence, sans jugement. 

Écoute-moi, s’il te plaît, j’ai besoin de parler
Ne me bombarde pas de conseils et d’idées
Ne te crois pas obligé de régler mes difficultés
Manquerais-tu de confiance en mes capacités?

Écoute-moi, s’il te plaît, j’ai besoin de parler
N’essaie pas de me distraire ou de m’amuser
Je croirais que tu ne comprends pas
L’importance de ce que je vis en moi

Écoute-moi, s »il te plaît, j’ai besoin de parler
Surtout, ne me juge pas, ne me blâme pas
Voudrais-tu que ta moralité
Me fasse crouler de culpabilité

Écoute-moi, s’il te plaît, j’ai besoin de parler
Ne te crois pas non plus obligé d’approuver
Si j’ai besoin de me raconter
C’est simplement pour être libéré

Écoute-moi, s’il te plaît, j’ai besoin de parler
N’interprète pas et n’essaie pas d’analyser
Je me sentirais incompris et manipulé
Et je ne pourrais plus rien te communiquer

Écoute-moi, s’il te plaît, j’ai besoin de parler
Ne m’interromps pas pour me questionner
N’essaie pas de forcer mon domaine caché
Je sais jusqu’où je peux et veux aller

Écoute-moi, s’il te plaît, j’ai besoin de parler
Respecte les silence qui me font cheminer
Gardes-toi bien de les briser
C’est par eux bien souvent que je suis éclairé

Alors maintenant que tu m’as bien écouté
Je t’en prie, tu peux parler
Avec tendresse et disponibilité
À mon tour, je t’écouterai

Si je savais…

Un poème de Simon

Et si je savais dire les mots
Les déposer, là… témoigner
De mes tempêtes, de mes années
Je n’aurais plus besoin des maux

Avoir quelqu’un à qui parler
Qui saura comprendre, sans juger
Attentif, simplement avoir
Quelqu’un pour m’écouter

Envie de vous dire

Poème de Diane

Comme j’aime être ici ou ailleurs, comme je me sens bien , j’ai envie de poser de ci de là une souffle de joie, un mot doux, une caresse, une tendresse partagée. Tout cela me vient au hasard, c’est fort et c’est chaud comme un thé bienfaiteur par les jours de grand froid!

J’ai envie de vous dire, le nez au vent et le coeur battant, cette respiration qui me vient, mes bras que je tends. Comme je me sens comblée, pleine de joie, comme je voudrais du silence et me retirer doucement pour savourer la chaleur de la terre et la douceur du ciel. Comme j’aime à recevoir, comme j’aime à donner.

J’ai envie de vous dire tous ces mots qui me viennent alors que mon ventre devient chaud et frémissant. Que le soleil est bon lorsqu’on le sent en soi. Comme il est bon de se taire et d’entendre. Comme mes ailes sont fières et belles en mouvement, comme il faudrait se souvenir du goût du vent, de l’envie de soi, comme l’enfant est bon dans ses joies.

J’aimerais dire le frémissement de l’herbe et la profondeur des étoiles. La sauvagerie des sens et du plaisir partagé. J’aimerais donner tout cela où il n’y a pas de mots.

Souplesse, mouvement, amour, plaisir, fort, tendre, rire, chant bas vibrant résonnant en essence directe avec l’indicible. J’aimerais vous partager ces moments où mes bras se tendent à hurler pour prendre, ce sourire qui se glisse sur mes lèvres retour d’un fier moment doux et frais comme un nuage de coton.

J’aimerais… j’aimerais vous dire les étoiles… les étoiles… l’immensité. Que vous la sentiez frémir, vibrer. Que vous en fassiez partie, que vous les sentiez avec ce doux glissement. Rien ne bouge et pourtant, pourtant c’est là. Ce mouvement de la lumière. La Terre a tourné, le soleil me voit et le soleil m’appelle dans un mouvement d’attirance particulière. Je me souviens que je me suis fondue en lui.

Monologue d’une colère

Poème de Maude

Qu’il y ait quelque chose enfin qui vienne arrêter ce train, me broyer les pensées, me laisser un espace pour exister. Je ne cesse de te dire que je ne suis pas que cela. Moi ta colère, tu veux me refréner ? Je ne suis pas doucereuse il est vrai…il est vrai aussi que je t’envahis. Tu sais bien comment je viens ? Il te suffit de ne rien dire ! J’apparais.

Quelque chose dans tes yeux qui commence à se durcir, puis… doucement sans t’effrayer, sans te brusquer je commence à m’insinuer en toi. Je n’entre pas toujours par la même porte, parfois tu me suscites, parfois c’est autre chose, plus fort que toi. L’étape la plus délicate consiste à refroidir ton cœur… sinon comment admettrais tu ces images brûlantes en toi ? Or, je me nourris de ton feu.

Il y a toujours une bonne raison de m’appeler, une souffrance qu’on t’a infligée, une façon de t’insurger contre celles faites à d’autres, chaque information est bonne à traiter ! A présent que va t-on prendre ?

Ah oui ! Ta mémoire : elle est emplie de choses à désespérer. Désespérons donc ! Tu auras bien un sursaut et pour peu que tu y réponde, je serai là. Ah ! Nous y voilà ! Je l’ai trouvée cette image infâme qui viendra te tuer. Tiens : vois comme elle se rue dans ton âme… je n’ai aucun effort particulier à faire, elle s’insinue seule en toi.

Parler à travers l'automutilationQue nous dit-elle ? Un choc… ah… les chocs… c’est si bon pour moi et si fort à la fois.
Entre le moment où la main vient toucher en un point d’impact précis l’endroit où elle va couper la peau, faire gicler le sang en une gerbe folle et celui où tes larmes vont couler, il se passe un temps immense durant lequel je peux me positionner parfaitement en droite ligne dans tes yeux. Tu as tout le temps de m’apprécier sous toutes mes formes pendant cette pause exquise où la paume de la main tombe lentement et irrémédiablement.

Découpons ce geste délectable : la main se lève, la peur s’installe dans laquelle je vais siéger confortablement aux premières loges du spectacle affreux qui va se dérouler. J’attends donc. Elle finira bien par tomber.
Là voilà qui vient ! Je le savais… ça ne pouvait pas durer bien longtemps ! Voyons donc maintenant quelle va être ta réaction. Hmmm…tu te caches ? Tu tentes de te protéger de cette douleur dont tu perçois la brûlure avant même de l’avoir goûtée. Soit… essaie toujours ! Ça n’empêchera pas ta peau de crever sous l’assaut !

Le geste commence à se profiler, la main se fait dure, tu entends les mots qui préfigurent la tombée… je sens ton ventre qui grouille et tes jambes qui tremblent. Pour un peu tu viendrais à pleurer !

Non ! Surtout pas ! Ne pleure pas ! Les larmes sont des glissades pour moi, elles me boutent hors de toi plus sûrement que ta joie. Non… sers toi plutôt de moi, tu m’aimes après tout… c’est grâce à mon intervention à moi que tu oublies la peur et la douleur…un effort ! Allez, ça vient ! Te voilà prête maintenant, tes yeux voient à travers tes doigts. Je peux me glisser en toi maintenant, durcir ton corps, ton cœur, ton âme, la serrer jusqu’à la mort, tu ne sentiras plus rien ! Tu te sentiras libre enfin et valeureuse, tu appelleras certainement la mort ! Tu l’appelles toujours…

Attention ! Le feu d’artifice va bientôt commencer. Je peux d’ores et déjà te décrire ce qui va se passer pour toi. Je sais, je sens que tu veux te défendre : allez ! Un petit effort que diable ! Prends moi et lance tes bras en avant, crève le ce bout d’ordure, fais le avant qu’il ne te touche !

Tu n’est pas tentée ? Je comprends… ce sera peut être pour la prochaine fois… ce n’est pas grave, je trouverai bien quelque chose à me mettre sous la dent… A propos de dents ? Tu en as non ? La morsure ! Voilà où je vais me nicher, puisque tu ne veux pas le mordre lui alors mords toi toute seule, peut être que cette douleur ci t’empêchera de sentir l’autre.

Je vois bien que ça ne donne pas ce que j’espérais…Tant pis ! Je vais te laisser avec ta peur et tes coups, je reviendrai ensuite au cœur de la nuit quand tu ne dormiras pas. Je me retire dignement avant que cette main ne se décide à venir enfin. Comment ? Tu me retiens ? Non, voyons ! Je ne vais pas trinquer pour toi, je vais rester là tout à côté à attendre que tu en ais assez, je vais observer le spectacle.
Le bleu de tes yeux se marie si bien au bleu des cieux quand pleuvent les coups.

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