La résilience : apprendre à rebondir

La résilience et comment développer l'estime de soit

 Important! Nous sommes tous un jour ou l’autre, confrontés à un traumatisme plus ou moins difficile à combattre, nous devons tous vivre avec « le murmure de nos fantômes » (Cyrulnik). Lorsque notre réalité de vie est ou a été particulièrement difficile, quels moyens mettons-nous en place pour nous défendre, pour vivre, voire survivre, pour continuer à avancer? Après un drame ou un traumatisme  et reconstruire l’estime de soi: c’est la résilience.

Définition: c’est la « capcité d’un métal à résister aux pressions et à reprendre sa structure initiale après avoir été déformé« . Dans la théorie du développement psychologique et humain, ce mot décrit la capacité de l’individu de faire face à une difficulté ou à un stress important, de façon non seulement efficace, mais susceptible d’engendrer une meilleure capacité de réagir plus tard, à une difficulté. C’est l’aptitude à surmonter les traumatismes psychiques et les blessures émotionnelles les plus graves : maladie, deuil, viol, torture, attentat, déportation, guerre, abandon… 

Boris Cyrulnik

Ethnologue et neuropsychiatre, il est un pionnier du concept, le mot résilience vient du latin : «ressauter» non pas ressauter à la même place, comme si rien ne s’était passé, mais ressauter un petit peu à coté pour continuer d’avancer. Pour lui, même dans les cas les plus terribles, les personnes peuvent s’en sortir et reprendre le cours de leur vie grâce à quelques difficultés acquises dans l’enfance et aux soutiens qu’ils trouvent après l’expérience traumatique.

Les gens n’ont pas la même réaction face aux drames qu’ils vivent… Certains se reprennent en main alors que d’autres s’effondrent… Pourquoi?

I. Les facteurs contribuant à la résilience

A)  Les 10 mécanismes de défense

L’activisme

L’activisme peut être une réponse ponctuelle par exemple : la personne se réfugie dans son travail pour oublier momentanément sa peine, on peut parler de mécanisme adaptatif, il peut interdire toute réflexion sur soi par le fait que l’hyperactivité empêche le repos psychique.

L’affirmation de soi

Par l’expression des sentiments, en proies à un état émotionnel ou à un événement extérieur, la personne qui utilise ce mécanisme de défense communique sans détours sentiments et pensées de façon ni agressive ni manipulatrice, exemple : le personnel humanitaire.

L’agression passive

Il s’agit d’une réponse aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress intenses ou externes, par une agression envers autrui exprimée de façon indirecte et non combative. L’agression passive représente une réponse aux exigences d’action ou de performance d’une autre personne, ou au manque de gratification des propres désirs du sujet.

Exemple : la personne qui n’exprime pas son hostilité ou sa colère ouvertement mais l’exprime en laissant des notes virulentes à l’attention de ses collègues de travail.

L’altruisme

Le dévouement à autrui permet au sujet d’échapper à un conflit; ici, le risque est de tisser une relation de dépendance avec la ou les personnes avec lesquelles il se dévoue.

L’anticipation

Anticiper consiste, lors d’une situation conflictuelle, à imaginer l’avenir, en expérimentant d’avance ses propres réactions émotionnelles. La personne prévoie les conséquences de ce qui pourrait arriver en envisageant différentes réponses ou solutions. C’est souvent le cas lorsqu’elle s’avère incapable d’affronter une nouvelle situation sans l’avoir anticipée.

La complaisance

Le sujet a recours à la soumission passive pour éviter les conflits et les facteurs de stress. Ce mécanisme, assimilable à l’inhibition de l’action plus qu’à la fuite devant l’agression, est très coûteuses. L’agressivité ainsi masquée se retourne contre le sujet. Elle est surtout pathologique; la complaisance peut aussi être une façon de se rendre indispensable dans le groupe.

Contrôler, gérer, diriger

La résilience: S'élancer pour mieux rebondir

Se retrouver plus haut et plus souple après les épreuves

Contrôler de manière exagérée les événements et les objets de l’environnement a pour but de minimiser l’anxiété et de résoudre les conflits internes. Ce contrôle peut s’exercer par différentes stratégies comme l’intervention avec des suggestions, la séduction et la complaisance excessive.

L’humour

Il apparaît comme une défense permettant une sublimation des pulsions agressives, l’humour aura comme effet de présenter une situation vécue comme traumatisante de manière à en dégager les aspects plaisants, ironiques, et insolites. C’est seulement lorsque l’humour est appliqué à soi même qu’il peut être considéré comme un mécanisme de défense.

Le déni

Le déni peut porter sur des aspects variés de la réalité, c’est refuser la réalité d’une perception vécue comme dangereuse ou douloureuse «c’était pour mon bien». Le déni sert à entretenir l’illusion d’invulnérabilité «cela ne m’arrivera jamais»

L’intellectualisation

L’intellectualisation est une des variétés d’isolement, et peut également constituer un moyen de se protéger de l’intensité des affects de déplaisir en les évacuant pour privilégier le monde des idées et de la rationalisation logique.

B) Les tuteurs et l’estime de soi

Le rôle majeur du tuteur: la résilience est un processus fondamentale pour recouvrer l’estime de soi. Le rôle du tuteur de résilience et un rôle majeur. ll peut être un personnage initiateur avec lequel l’enfant peut développer des liens significatifs ou une famille ou des voisins. L’enfant va trouver autour d’eux une compréhension, une empathie, un soutien continu en effet, si l’enfant se lie avec une personne qui croie en lui et qui lui fait confiance. Il peut reprendre un développement normal car il a quelqu’un pour qui le faire.

Une rencontre majeure dans son existence

Deux éléments sont susceptibles de faciliter le développement de l’estime de soi. Les tuteurs de résilience jouent souvent sans le savoir, sur ces deux aspects.

  1. Sentir que l’on a de la valeur aux yeux d’autrui
  2. Se prouver à soi même qu’on a de la valeur

Les tuteurs de résilience jouent souvent sans le savoir, sur ces deux aspects. Un enfant mal aimé peut ressentir comme une véritable illumination dans son existence en étant au contact d’une personne chaleureuse, ouverte et attentive, humaine tout simplement.
En effet, la personne blessée est souvent méfiante. Il faut du temps pour recréer la confiance, sans le juger, pour apprivoiser l’enfant qui n’a pas été habitué à l’amour.

Certes, le tuteur de résilience a généralement conscience qu’il a fait du bien à tel enfant, mais ce qu’il ignore c’est à quel point il lui a fait du bien.

Les qualités d’un tuteur de résilience

  • Il manifeste de l’empathie et de l’affection
  • Il s’intéresse prioritairement aux côtés positifs de la personne
  • Il est modeste
  • Il est patient
  • Il laisse à l’autre la liberté de parler ou de se taire
  • Il ne se décourage pas face aux échecs
  • Il facilite l’estime de soi d’autrui
  • Il associe le lien et la loi
  • Il évite les gentilles phrases qui font mal
  • La personne blessée est souvent méfiante, il faut du temps pour recréer la confiance, pour apprivoiser l’enfant qui n’a pas été habitué à l’amour.

C) Donner une signification à sa vie

Des questionnement existentiels

Quel que soit le traumatisme subit, la victime se pose quasi systématiquement la question : « pourquoi moi »? Le drame est hors norme, injustifiable, il faut tenter de percer son mystère pour le surmonter. Rétablir du sens dans un univers devenu insensé est une nécessité de survie, souvent éprouvée de manière quasi obsessionnelle par les victimes.

Trouver son chemin dans la vie

L’élément essentiel favorisant la résilience est la capacité de réflexion sur soi-même et sur autrui. Celui-ci va fonder la capacité de résilience, ce qui dans un premier temps était une capacité de survie, devient au fil des ans, un mode de fonctionnement psychologique habituel. Il constitue une richesse personnelle à laquelle le sujet sera très attaché. Le but étant de construire une théorie sur la vie, une histoire cohérente, dans laquelle les événements du passé éclairent le présent afin de parvenir à en parler avec une relative sérénité.

Rebondir

Etre résilient ne signifie pas repartir à zéro, mais plutôt apprendre de l’expérience et en tirer une leçon de vie. Etre résilient ne consiste pas non plus à effacer une page de son histoire mais à la tourner. La mémoire joue un rôle important dans ce processus : une page tournée peut être relue de temps en temps, lorsque la personne sent que cela est nécessaire pour sa construction personnelle.

La personne résiliente représente un mélange de grande force et de grande fragilité. La fragilité vient du traumatisme subit, sa force du traumatisme surmonté.

Devenir plus fort et se fixer des objectifs réalistes

Les épreuves subies durant l’enfance, procurent à l’âge adulte, une grande force intérieure, une capacité d’adaptation rapide aux situations difficiles, mais aussi le pouvoir de les surmonter, c’est la capacité à « rebondir »

L’important est de ne pas se fixer un objectif trop haut dès le départ (..) Choisissez UN SEUL objectif et vérifiez que vous pouvez répondre oui aux questions suivantes. Ainsi vous devrez vous poser les questions suivantes, l’objectif est-il :

  • réalisable en une semaine
  • concret
  • personnel
  • mesurable
  • formulé de façon positive
  • avez-vous prise sur cet objectif

D) Un cadre structurant pour les enfants et les adolescents

L’enfant et l’adolescent en difficulté ont non seulement besoin d’amour, mais aussi d’un cadre structurant; en effet, tisser des liens n’est pas incompatible avec le fait de poser des règles; ces deux attitudes sont complémentaires et s’inscrivent dans le « triangle fondateur de la résilience »: le lien, la loi et le sens.

Les trois fondements de la résilience

Ils s’influencent l’un l’autre pour former 4 types de comportements:

  • Liens/sens : se sentir aimé permet de donner un sens à son passé et une direction à son futur.
  • Sens/lien : témoigner et aider autrui crée des liens.
  • Loi/sens : donner des repères à un jeune l’aide à se construire un avenir.
  • Loi/lien : une attitude respectueuse des autres facilite la création des liens.

Des repères et du lien

Il est important que l’enfant ne souffre pas du manque de repères dans l’univers familial: instaurer des règles de vie, des limites et le lien, n’est pas suffisant: il est nécessaire de lui associer la loi, en maintenant un bon équilibre entre les deux, en considérant que ce sont des attitudes complémentaires non contradictoires.

Ne pas fixer de limites à l’enfant est une façon involontaire de ne pas le reconnaître à sa juste valeur, de ne pas le considérer comme un être suffisamment responsable de ses actes ; l’équilibre entre les deux va engendrer la cohérence éducative et par voie de conséquence : la résilience.

Ressources

Livres sur l’estime de Soi & la Résilience

  • Un livre phare : Le Murmure des fantômes de Boris Cyrulnik sur la résilience.
    « Personne ne pouvait deviner que c’était un fantôme. Elle était trop jolie pour ça, trop douce, rayonnante. Une apparition n’a pas de chaleur, c’est un drap froid, un tissu, une ombre inquiétante. Elle, elle nous ravissait. On aurait dû se méfier. Quel pouvoir avait-elle pour tant nous charmer, nous saisir et nous emporter pour notre plus grand bonheur? Nous étions piégés, au point de ne pas comprendre qu’elle était morte depuis longtemps ».
  • L’estime de soi pousse à l’action et permet la réussite
    Elisabeth Couzon, psychothérapeuthe a co-écrit « S’estimer pour réussir ». « L’estime de soi s’intéresse à la relation que j’ai avec moi-même (…) La confiance en soi, c’est différent, elle se situe au niveau du coeur. C’est un élan du coeur, c’est avoir foi en soi et ses capacités… »

Denise Sirois – Coup de pouce – Novembre 1997. « Difficile de se regarder dans un miroir, droit dans les yeux, et de se dire: je t’aime comme tu es. Pourtant, sans cette précieuse estime de soi, on risque fort, à la longue, de miner sa santé. Voici comment la reconstruire, quel que soit notre âge. »

Ecouter: la résilience dans les situations extrêmes

« Dès le stade fœtal apparaît une mémoire sans souvenirs que précèdent les traces de ce dont nous sommes issus. Ces traces de vie nous submergent ou nous manquent, nous enchantent ou nous hantent, nous subliment ou nous sidèrent lorsqu’elles sont liées à l’innommable, nous repèrent ou nous perdent »

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